C’est un de mes cinéastes fétiches qui vient de passer de l’autre côté ce WE et c’est pour cela que je tenais via ce billet à saluer la carrière d’un véritable auteur, dont la filmographie révèle bien plus qu’un simple et brillant artisan du genre. Celui de l’horreur bien sûr, dont il fut, avec John Carpenter, anobli du titre de Maître.

Wes Craven est donc décédé hier des suites d’un cancer et laisse le genre orphelin d’une de ces plus inspirées et intellectuelles figures.

Mon rapport au cinéma d’horreur est complexe et alterne des périodes de consommation effrénée à d’autres de sevrages drastiques. Aujourd’hui par exemple, je n’en visionne pour ainsi dire presque plus, si ce n’est de façon sporadique lorsque de proches amis m’incitent à sortir de mes ornières pour découvrir telle ou telle œuvre.

Il fut un temps où il en était tout autre. C’était l’époque où le magnétoscope investissait peu à peu nos foyers pour offrir à nos lucarnes des œuvres invisibles à la télé – quoique Canal+ allait bientôt changer la donne. A grands renforts de location hebdomadaires, nous nous plongions avec délice dans le cinéma de genre, voire le bis et le pur nanar, enfin bref tout ce qu’il nous était impossible de découvrir alors autrement que via la vidéo. Transgresser est la règle à cet âge.

C’est à cette époque donc que j’ai découvert Wes Craven avec de mémoire La colline a des Yeux (The Hills Have Eyes) et La ferme de la Terreur (Deadly Blessing) avec excusez du peu pour ce dernier la trogne d’Ernest Borgnigne et le minois de Sharon Stone au casting. L’un comme l’autre ne me laissèrent pas de souvenir impérissable mais m’intriguèrent quant à la qualité de leur scénario et de leur mise en scène, nettement au dessus de la moyenne. Je ne découvrirai que beaucoup plus tard le mythique et toujours sujet à controverse La Dernière Maison sur la gauche (The Last House on the Left).

Toutes les BA que je distillerai au fil de ce post sont les version originales USA. La qualité n’est certes pas toujours au rendez-vous mais elles ont indiscutablement plus de charme.

LA COLLINE A DES YEUX :
UN TITRE POÉTIQUE POUR UNE DESCENTE AUX ENFERS

S’en suivi ensuite un pur coup de coeur pour Les Griffes de la Nuit (A Nightmare on Elm Street) dont l’inventivité du script et plus particulièrement celle des scènes oniriques allaient hanter les rêves d’innombrables teenagers.

Le film, succès commercial aidant, connut 6 suites dont le 7ème et dernier opus réalisé à nouveau par Wes Craven, compose une ambitieuse et saisissante mise en abyme : le scénario confrontant Wes Craven – dans son propre rôle – à sa propre création alors qu’il cherche à mettre en scène le dernier film de la série.

LES GRIFFES DE LA NUIT :
FREDDY KRUGGER, CROQUEMITAINE ONIRIQUE A L’HUMOUR ACÉRÉ

 

Il y eu ensuite une période de vache maigre. Je me détachais du genre pour des raisons tant personnelles qu’à proprement parler cinéphiles.

Durant cette période je visionnai toutefois le trop injustement méconnu L’emprise des Ténèbres (The Serpent and the Rainbow) sans doute une des œuvres les plus documentées, mais aussi les plus effrayantes relatives aux pratiques vaudous en Haïti.

Et puis de la même façon qu’après avoir dévoré du Stephen King jusqu’à plus soif, je fis une cure pour mieux redécouvrir ensuite l’exceptionnel auteur et conteur qu’il est, je revins à Wes Craven par ce qui allait définitivement fixer son statut de Maître de l’horreur et bankable qui plus est.

Énorme succès publique et critique, Scream et ses 3 suites constituent une œuvre complexe, offrant de nombreux niveaux de lectures : l’horreur pure et dure y est traitée avec une ironie mordante, offrant une réflexion sensée sur le mal et ses travers sociétaux tel que la notoriété et même la célébrité. A une époque ou le WEB grand public balbutiait ses premiers échanges, Wes Craven en véritable visionnaire préfigurait déjà de l’horreur de la mise en scène de crimes réels, telles que l’actualité nous en offre aujourd’hui le spectacle.

SCREAM :
POPULARISER LES CODES DU SLASHER POUR MIEUX LES DYNAMITER ENSUITE

 Et puis vint il y a quelques années de cela la découverte de son tout premier film, assurément le plus dérangeant de tous, à l’ambiance poisseuse et où la folie criminelle guette sans cesse. Même si il a singulièrement vieilli notamment du fait de son rendu Super16 extrêmement granuleux et même craspec, en lien bien entendu avec un budget ridicule. Même si certaines scènes, à dominante comique, déroutent dans un film aussi ouvertement pessimiste, La dernière Maison sur la gauche (The Last House on the Left) mérite amplement d’être découvert pour qui porte un intérêt au film d’horreur mais pas seulement. Et rappelez vous surtout : « It’s only a movie »

LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE :
UNE RELECTURE JUSQU’AUBOUTISTE DE LA SOURCE DE BERGMAN

So long Mister Craven…

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