Métier motion designer !

Parmi tous les techniciens œuvrant dans l’audiovisuel, le motion designer – et son alter égo féminin – est une espèce franchement à part. Les yeux rivés sur son écran où s’affiche une interface logicielle absolument incompréhensible du néophyte, il quitte rarement sa tanière si ce n’est pour se sustenter et prendre quelques repos mérités. On soupçonne toutefois certains de dormir parfois sur place tant ils se sentent bien auprès de leurs machines.

Le motion designer a en effet un penchant « geek » qui se joue sur 2 axes. Ici encore un trait caractéristique.

Du côté hardware, il souhaite sans cesse optimiser sa station de travail et veille à ce que la carte graphique l’équipant soit toujours renouvelée pour lui offrir des temps de calculs sans cesse plus performants, à savoir plus rapides. Du côté software, sa veille technique le tient en éveil pour toujours disposer de la dernière version de son logiciel fétiche – Adobe After Effects dans la majorité des cas – et se tient prêt à partir en chasse pour tout « plugin » lui offrant de tirer profit de nouveaux effets, nouvelles fonctionnalités.

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Le geek des années 80 n’avait pas la capacité de produire du Motion Design, mais question matos il assurait déjà ! Côté moustache aussi.

Bref vous l’aurez compris le motion designer est source de dépenses, et pour qu’il se sente bien et apprécié il faut savoir le chouchouter.

Plus sérieusement, ou du moins un peu plus, tachons de définir quelles sont les attributions du motion designer. Et en premier lieu d’où vient-il ?

MOTION DESIGNER : D’OÙ VIENS-TU ?

Comme vous le confirmera la page Wikipédia dédiée à l’art du Motion Design, il n’existe pas à proprement parler de définition universelle de cette discipline. On vous invite, toujours à ce propos, à lire l’article que nous lui avions consacré notamment quant à ses origines, accessible ici.

Nous retiendrons donc ici uniquement le Motion Design pour sa période dite « moderne », soit grosso modo ces 25 dernières années et exclusivement en terme de discipline couplée à des équipements informatiques en vidéo numérique. Le Motion Design s’est en effet démocratisé et généralisé de façon concomitante au développement des logiciels offrant d’animer des images et de superposer des strates d’images réelles – « live video » en anglais – avec des animations numériques 2D et/ou 3D pour obtenir des plans composites. C’est pourquoi vous entendrez également souvent le terme anglais « compositing » en référence autant au Motion Design qu’aux logiciels exploités.

Et parce qu’on ne vous prive jamais d’une perle lorsque l’occasion se présente, on vous a dégoté une bande démo datant de 1993, réalisée avec la version 1.1 de After Effects.

 

 

 

 

 

De fait les premiers motion designers, les pionniers en quelque sorte, sont originellement des monteurs vidéo qui ont vu leur champ des possibles s’accroître avec l’arrivée de ces outils. Ici encore, nous faisons principalement référence à Adobe After Effects qui au fil des années s’est imposé comme leader du marché. Pour celles et ceux d’ailleurs qui souhaitent en savoir plus sur les logiciels dédiés au motion design et à l’animation 2D et 3D, car il en existe beaucoup d’autres , nous leurs consacrerons très bientôt un article.

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Le pionnier Adobe McAllister montre la voix à ses compagnons s’ils veulent gagner en efficacité et en créativité.

Illustrons ici cet engagement des monteurs vidéo vers le Motion Design avec un exemple tout simple.

Alors que le montage basculait vers le numérique avec donc pour unique interface l’ordinateur et le logiciel de montage requis, il n’a pas pour autant été possible dans un premier temps d’animer des titres autrement que par des procédés très basiques tels que : apparition et disparition en fondu, en volet (le titre se déploie) en « rolling » (comme le générique d’un film) ou en « crawling » (horizontalement cette fois). On pouvait bien entendu également leur attribuer une police de caractère et une couleur mais c’est à peu près tout. Autant dire que c’était plus que limité tant sur le plan créatif qu’esthétique.

Le Motion Design est venu littéralement dynamiter cette restriction en combinant des animations plus ou moins complexes mixant formes géométriques, titres, « tracking » (greffer 2 éléments entre eux) et comme évoqué ci-avant multiplié les couches images selon la logique du compositing . Si on se réfère à la seule question du titrage, Il existe désormais une infinité de possibilités pour les animer. Sur un projet « sur-mesure », pour lequel le Motion Designer vise à produire un film au plus près de la charte graphique client, il pourra ainsi composer une animation de titre à 100 % originale. L’autre option étant de puiser parmi les milliers de « templates » – modèles prêts à l’emploi et personnalisables – accessibles sur internet, en offres commerciales mais également parfois gratuites.

Car oui il est tout à fait possible de télécharger de façon totalement légale et gratuite des templates de toutes sortes pour After Effects. La preuve ici avec ce package incluant pas moins de 200 modèles d’animations de titres, free of charge !

Revêtons nos blanches auréoles et soyons totalement honnêtes : dans le film d’entreprise, l’immense majorité des animations de titres proviennent de templates. Les délais sont courts, les budgets souvent serrés et le motion designer doit ici surtout faire preuve de pragmatisme et savoir sélectionner ceux qui satisferont le plus à l’univers produit ou corporate du film sur lequel il travaille.

À l’orée des années 2000,  les logiciels de Motion Design ont connu une telle accélération de leurs capacités, décuplant par la même la créativité des techniciens, que la profession de motion designer s’est véritablement constituée pour se détacher de celle du monteur « traditionnel ».

On pourrait d’ailleurs dater la naissance du métier de motion designer, sous cette appellation donc, aux alentours de 2005. Période durant laquelle les grandes agences de communication se sont dotées de services internes spécialisés en employant des techniciens dédiés à cette technique de production vidéo.

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2005 : c’est l’année sur laquelle on s’entend à attribuer la naissance du métier de motion designer.

Les modèles de post-production désormais les plus courants reposent donc aujourd’hui sur ces configurations :

– pour une vidéo exclusivement composée en animation – que l’on dénomme en anglais par « Full Motion Design » – un ou plusieurs motion designeurs œuvrent à sa réalisation, se répartissant les tâches jusqu’à les amalgamer.

– pour une vidéo en images réelles agrémentées d’animations en Motion Design, un binôme monteur et motion designeur constitue une team particulièrement efficace. Il existe toutefois des monteurs qui ont les compétences en Motion Design pour assurer l’intégralité de la post-production.

On peut de fait aujourd’hui distinguer plusieurs profils de motion designeurs. On va donc s’attacher maintenant pour chacun, à en dessiner les contours. On précise toutefois que si ces profils répondent bien d’une certaine réalité, ils sont ici volontairement stéréotypés sachant, dans la pratique, leurs compétences sont nettement plus interchangeables sans qu’il n’existe à proprement parler de cloison hermétique entre elles. Ajoutons encore que ces techniciens de l’image ne suivent en aucun cas de trajectoire rectiligne, mais s’adaptent bien au contraire sans cesse aux outils et évoluent au gré de leurs aspirations, tant professionnelles que créatives.

LE COMPOSITEUR : LE MOTION DESIGNER QUI AIME EN RAJOUTER DES COUCHES

C’est bien entendu ici une litote : avec ce terme nous souhaitons distinguer le motion designeur qui travaille principalement d’après ou avec des vidéos en images réelles – live video pour rappel.

Ses compétences portent donc principalement sur le fait d’agrémenter, d’enrichir ce contenu live de titres et ou d’animations. En matière de films d’entreprise, il s’agira ici de mettre en exergue une fonctionnalité, un plus produit, que la seule captation en images réelles ne permet pas de montrer.

Illustrons ici le procédé avec l’une des réalisations de nos équipes pour le Groupe MICHAUD, transport et logistique.

On pourra de même contextualiser un métier, des expertises via des pictogrammes qui en délimitent clairement le ou les domaines d’interventions. Pour exemple cette fois, l’une de nos interviews mensuelles sur les tendances des marchés, au profit de notre client BNP Wealth Management.

Mais cette faculté de pouvoir traiter du contenu vidéo live en jouant sur une multitude de couches ne s’arrête pas là en termes de capacités. Exactement de même que l’on peut retoucher une image photographique sous Photoshop, on va pouvoir avec un logiciel de compositing  investir le champ des trucages vidéos en ajoutant dans le flux des images un ou des objets qui ne s’y trouvaient pas à l’origine, ou à l’inverse en les supprimant. Ou encore en substituant une partie de l’image par une autre.

Ce qui complique ici la tâche c’est qu’à contrario d’une simple photo, un flux vidéo est par essence composé d’une succession d’images au sein desquelles évoluent des personnes, des animaux ou des véhicules, ce alors que la caméra peut également être elle aussi en mouvement. Pour parvenir à des résultats probants, où le trucage est par principe indétectable sauf des professionnels, le ou la technicien(ne) motion designer s’aide d’outils spécifiques tels que le rotoscoping et le motion tracking.

Ces outils sont directement accessibles dans des logiciels tels que Adobe After Effects ou Nuke, mais encore via des logiciels dédiés tel que Mocha. Une illustration ici avec une vidéo commerciale de son éditeur Boris FX, consacrée aux retraits d’objets dans une vidéo. Attention : ça va vite et c’est en anglais.

Le grand public n’en a ainsi nullement conscience mais l’immense partie des spots publicitaires qu’ils visionnent sont partiellement voire entièrement truqués. C’est le cas notamment des spots des fabricants automobiles où les voitures mais aussi les décors dans lesquels elles évoluent sont entièrement composés ou complétés en recourant à de l’image 3D. Pour vous en offrir une expérience concrète, visionnez cette vidéo « making-of » et vous ne verrez plus jamais une publicité sans douter dorénavant de la présence réelle – physique – ou virtuelle -numérique – du produit qui y figure.

Bien sûr, les réalisateurs et techniciens qui opèrent sur ce type de films, de même d’ailleurs que pour le cinéma, constituent la crème de la crème. Une telle maîtrise impliquent à minima une dizaine d’années d’expérience et d’intégrer des studios disposant des ressources matérielles offrant de traiter les très puissants calculs sollicités

Concernant ce profil, précisons encore qu’il est le seul à réaliser une animation en dessins image par image, héritée donc directement du dessin animée traditionnel. Il utilisera certes toujours des outils numériques telles que la palette graphique et Photoshop, à contrario des celluloïd d’antan, mais pour obtenir un rendu esthétique que seul ce procédé permet d’offrir.

L’ARTISTE : LE MOTION DESIGNER QUI SAIT MANIER LE CRAYON

On va ici distinguer parmi les technicien(ne)s motion designer, celles et ceux qui maitrisent également le dessin et de façon plus globale l’illustration. Ceux-ci excelleront donc par nature sur les projets sur-mesure en « full animation », à savoir au rendu proche du dessin animé. Ce profil est nettement plus rare que les autres, il implique une sensibilité et des connaissances solides sur le plan de l’histoire des arts (peinture, dessin, design, architecture) mais encore d’intégrer une formation dont le cursus mixe les techniques traditionnelles et les outils numériques de pointe. Parmi les écoles réputées en France, nommons entre autres les Gobelins à Paris, l’école Émile Cohl à Lyon ou l’EMCA à Angoulême.

Preuve de cette rareté évoquée ci-avant, les meilleurs d’entre eux sont très souvent approchés durant leurs études par les grands studios d’animation avec pour les élus un aller direct pour les USA.

Mais la grande majorité n’ont ni cette chance ni les talents voire le génie requis. Les débouchés restent vastes pour autant dans le domaine de la postproduction : production corporate, agences spécialisées en motion design, production TV, etc…

Sachant qu’on peut acheter sur le net des templates pour absolument tout ce qu’il existe sur terre, ou presque, il n’en existe pas moins des projets pour lesquels les clients souhaitent une direction artistique spécifique. Si le budget le permet, les personnages, les décors, les objets feront alors l’objet d’une création totalement originale, à savoir issue de de véritables illustrations.

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La tablette graphique : l’outil indispensable pour générer des illustrations directement au format vectoriel, avant animation.

Le ou la technicienne travaillera alors en amont selon ses propres habitudes : elle pourra tout autant « jeter » ses premiers croquis sur papier, ou à contrario directement travailler à la tablette graphique. Les 2 sont d’ailleurs également combinables : études (sketches) sur papier puis finalisation à la tablette graphique. Une fois l’ensemble des « assets » du film validés avec le client, s’amorcera la phase d’animation proprement dite.

C’est sur ce point que les illustrateurs(trices) doté(e)s de compétences en motion design revêtent un atout non négligeable : ils sont les mieux placés pour ne pas « trahir » leurs créations lors de la phase d’animation. Les productions qui en découlent offrent une cohérence formelle supérieure à la majorité des productions. Nous vous offrons ici de visionner cette vidéo, réalisée par notre collaboratrice Pauline, pour laquelle elle a dessiné tous les éléments la composant.

On s’approche du dessin animé, sans pour autant bien entendu prétendre à la qualité des spots publicitaires des grands annonceurs du B2C ou des films d’animations pour le mass-media : cinéma et télévision. Ici encore, les budgets induits ne jouent pas dans la même cour.

LE POLYVALENT : L’OCTOPUS DU MOTION DESIGN

Pour rappel, l’octopus désigne une espèce de pieuvre à 8 bras et dans le langage courant  qualifie une personne dotée d’une grande polyvalence et/ou de la capacité à traiter plusieurs taches à la fois. On se rapproche donc ici des techniciens monteurs qui ont su compléter leurs savoir-faire en acquérant des compétences plus ou moins étendues dans le Motion Design.
Soyons bien clair ici : il n’existe plus de formation en montage qui n’intègre pas une partie de son cursus dédié au Motion Design, ne-serait-ce que pour l’animation de titres comme évoqués plus haut. Malheureusement selon les établissements ou les diplômes choisis, cette formation au Motion Design confine parfois à la simple initiation. Sauf à envisager une carrière de monteur pour le cinéma « traditionnel » ou le documentaire qui ne requièrent pas cette compétence, il est donc indispensable pour les jeunes diplômés de parfaire leur expertises via des stages en entreprise ou de façon totalement autodidacte. Ici encore le net est riches de milliers de tutoriels offrant de se former en totale autonomie.
Pour les techniciens plus âgés, disposant à minima d’une expérience professionnelle comprise entre 10 et 15 ans, nous avons ici affaire à ceux ayant vécu l’accélération des progrès des solutions logicielles en Motion Design. Ils ont donc naturellement enrichi leurs savoir-faire au fil des projets qu’ils ont eu à traiter et disposent donc pour l’immense majorité d’entre eux de cette polyvalence entre montage et Motion Design. Chez EO Production, notre équipe comprend 2 techniciens monteur et motion designers à plein temps, ainsi qu’un environnement de collaborateurs extérieurs pour répondre aux périodes d’intenses activité.
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Nicolas, ici à l’œuvre sur un projet pour notre client Sigvaris, figure parfaitement le profil polyvalent de monteur et motion designeur.

Quand bien même il existe de nombreuses sociétés de productions dédiées à la seule production de vidéos en Motion Design, toute société de production de contenus vidéos se doit aujourd’hui d’intégrer en son sein ce type de profil. Quant aux monteurs qui n’ont su ou voulu enrichir le champ de leurs compétences vers le Motion Design, force est d’admettre qu’il leur est très difficile aujourd’hui de valoriser leurs compétences auprès des employeurs, d’autant plus que presque toutes les société de production ont désormais internalisé la postproduction.

TEMPS DE CONCLURE

À l’issue de cet article, on espère que motion designer et motion designeuse vous évoquent désormais un métier aux contours bien définis, tant en termes d’attribution que de profils. Ce quand bien même ce métier est à la croisée des chemins de très nombreuses techniques et rendus esthétiques. Il est surtout celui qui sur le plan créatif offre le plus vaste champ des possibles, car comme le dit l’adage « en dessin, on peut tout représenter ».

On conclura ici avec cette vidéo d’un YouTubeur qui a le mérite de dresser une excellente synthèse sur le métier de motion designer, avec illustrations à l’appui.

@ très bientôt pour un nouvel article.

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